Expéditions Photo Nature

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La ruée vers l'Aurora

Samedi 20 octobre 2018 – J2

La ruée vers l'Aurora

C'est samedi et ce matin il pleut. 

Contrairement à hier où tout était calme en ville, aujourd'hui tout est calme en ville…

 

Debouts à 6:30 et sachant que la météo est plus optimiste pour la fin de journée, nous en profitons pour faire un peu de cuisine d'avance, finir de préparer notre matériel et en savoir plus sur notre ville-hôte, Dawson City d'hier et d'aujourd'hui.

 Vue aérienne de Dawson City

Vue aérienne de Dawson City

 

Matériel

À deux nous sommes bien équipés, voulant être capables de tirer parti de toute occasion de faire de belles photos.

Deux Nikon D5, un Nikon Z7, un Nikon D850, un Panasonic GH5, un drone Mavic 2 Pro

Une kyrielle d'objectifs de tous usages spéciaux, d'adaptateurs, une flopée d'accessoires divers dont trépieds stables et flash Nikon.

Nous sommes aussi habillés chaudement, ayant prévu la neige. Nous n'avions pas prévu la glace, donc pas de crampons. Le verglas ayant été soudain aussi pour les habitants, il n'y a plus aucune paire de crampons en ville, les rares magasins de cette petite ville ont été dévalisés. 

Heureusement tout a été sablé et nous pouvons faire notre sortie, chacun se cramponnant à sa tuque pour ne pas tomber.

 

Découverte plus profonde de la ville

Nous faisons ainsi le tour de la ville en suivant la rivière, puis retour par les rues du centre-ville. Pas grand, mais au bout du compte quelque sept huit kilomètres selon Vincent. 

Vincent est du genre bionique. Il est bardé d'électronique et de capteurs dans son téléphone, dans sa montre, dans ses écouteurs. Je n'ai pas regardé ailleurs, mais va savoir… Bref il connaît chaque pas de sa journée, chaque battement de son cœur, avec les états, les tendances, les statistiques, et tout, et tout. J'espère pour lui que sa batterie durera plus de cent ans! 

Moins branché, je m'efforce à chaque seconde de constater que je suis encore en vie, prêt à profiter de la seconde suivante, le tout renouvelable par tacite reconduction. 

 

Notre balade en ville est très profitable. Nous nous prenons à l'aimer de plus en plus, alors que nous ne sommes arrivés qu'hier!

 

Dawson c'est la ruée vers l'or. 

"La ruée vers l'or du Klondike (la rivière qui coule ici - NDR) a démarré en 1896, transformant un simple camp de pêcheurs d'été en une ville de 40 000 habitants en 1898. Rapidement, toutefois, la saturation des terrains et la découverte d'autres gisements aurifères en Alaska fait diminuer la population, qui tombe à 20 000 en 1902. Puis l'exploration minière devient affaire de business, et la population périclite jusqu'à l'effectif actuel de moins de 1500 habitants." (Wikipedia)

 

Le commerce actuel de Dawson City est principalement axé sur le tourisme et les mines d'or.

Il y a une communauté autochtone très active, les Tr’ondëk Hwëch’in ("Peuple de la rivière"). Ils génèrent beaucoup d'événements, d'associations, d'activités artistiques, culturelles, touristiques, sociales. Ils représentent pratiquement le tiers de la population de la ville.

 

Le tourisme est, avec les mines d'or, l'activité principale de Dawson City. Il y a plusieurs musées, sur la ville, sur la ruée vers l'or, sur Jack London, sur l'histoire de la ville, sur les tribus premières nations, etc. Aussi des activités sportives diverses dont beaucoup de trekking dans des paysages magnifiques, des activités sur l'eau, jusqu'à des promenades en hélicoptère pour les plus fortunés. De quoi s'occuper pendant la saison.

 

À notre arrivée c'est plus restreint, les touristes sont partis et toute la ville est à nous. On se fait l'impression d'avoir fait fuir tous ces braves gens?

 Le très réputé Alchemy Café

Le très réputé Alchemy Café

 

Nous arrivons dans un petit restaurant repéré la veille, et très évocateur pour une ville axée sur l'or: "Alchemy Café".

Sachant que Aurore (boréale en l'occurrence) vient du latin Aureus/Or et Orior/Monter, désignant le disque d'or du soleil qui monte dans le firmament du Grand Est, force est de constater que l'or est de plus en plus au centre de notre voyage presque initiatique.

Manger chez l'alchimiste devenait donc incontournable. Et nous ne sommes pas déçus!

Endroit chaleureux et calme, convivial. Un patron français alsacien compétent et ouvert. Un concept de cuisine très axé sur la nature, la santé, la qualité du goût et des produits, le respect des traditions. Nul athanor dans sa cuisine, ni d'alambic, ni d'œuvre au noir, mais le soleil et la lune gardent l'entrée où trône l'épée qui tranche le doute et confère la Sagesse, hors du temps et de la matière.

Tout est bon et copieux, conforme à mon appétit de végétalien affamé par le froid et l'exercice. Tout ça a un goût de "revenez-y". 

Hors saison ce n'est ouvert que la fin de semaine, aussi nous projetons de revenir le lendemain dimanche. 

 

Retour à la maison en milieu de pm car le ciel montre d'évidents signes d'amélioration. 

Vincent ressort tester quelques solutions matérielles. Il en profite pour faire voler le drone et repérer quelques endroits stratégiques pour ce soir, au cas où il y aurait une fenêtre de tir pour les aurores boréales. Nous sommes en alerte rouge dès que le ciel se découvre, prêts à nous poster immédiatement, tant la météo est capricieuse et imprévisible d'un jour à l'autre. Repérer différentes solutions de positionnement est donc essentiel. Aujourd'hui nous avons exploré les possibilités en périphérie de ville, il y a trop de verglas pour aller plus loin.

 

J'en profite au chaud pour préparer les photos et les textes de ce blog en prenant de l'avance. L'anticipation est notre meilleure arme en photographie pour profiter de l'instant présent au moment où il se passe quelque chose. D'autant plus si nous sommes ici pour ça!

 

La moisson de photos et de vidéos du drone prises par Vincent. La maîtrise de l'appareil alliée à une belle lumière de fin de pm rendent ses prises de vue absolument magiques.

 Les derniers rayons de soleil sur Dawson City

Les derniers rayons de soleil sur Dawson City

 

La météo confirme donc son amélioration et nous commençons à préparer notre équipement après un rapide repas, végétalien bien sûr, concocté par Vincent. Il est notre chef-cuisinier attitré, récemment descendu du ciel chevauchant majestueusement son drone sur un rayon de soleil doré comme la Klondike. Salade de légumineuses, kale, crudités et graines diverses nous lestent pour affronter la longue nuit qui se profile.

 

C'est le temps de tester nos chaudes tenues d'hiver car il gèle fort dans la vallée de la Klondike où nous pensons aller. J'opte pour la tenue testée à moins 40, sachant qu'à l'abri il fait moins 4. Ce choix s'avèrera le bon. Mérino sur la peau, des mi-bas au T-shirt à manches longues, pull fin par dessus, veste polaire. Pantalon et blouson de ski épais (Kanuk), cagoule fine sous un bonnet chaud et tour de cou cheminée. Des bons gants Goretex Icebreaker, des grosses chaussures de marche. Bref la version cosmonaute améliorée.

Vincent est bien équipé aussi mais souffrira d'avoir choisi un jean, épais mais perméable au vent froid.

 

Et on attend, on attend. La nuit avance. Le ciel est toujours clair, mais l'indice d'aurores est à 10%. Par nos applications dédiées, nous savons que le ciel restera clair au moins jusqu'à une heure du matin. Nous savons aussi que le maximum d'aurores est plutôt vers l'est du Canada et progresse lentement vers nous. Nous ne savons pas encore qui va gagner des deux. 

Il est 22:00. Nous décidons alors de partir vers notre spot pour nous installer. Faire des essais, des réglages, et être immédiatement opérationnels si la fenêtre de tir est courte entre arrivée d'hypothétiques aurores et arrivée non hypothétique des nuages.

 

En raison de l'état de la route, nous avons opté pour le petit stationnement à l'entrée de la ville, en venant de Whitehorse, car il y a un panneau de bienvenue qui pourra nous servir de premier plan.

La route longe la rivière et un épais brouillard monte par endroits, nous faisant craindre le pire pour la suite. Nous persistons quand même, refusant de capituler. Arrivés sur place, effectivement le brouillard se dissipe tranquillement dans la zone.

La fièvre de l'installation nous gagne et nous commençons à faire des tests de position, de cadrage, de réglages divers. Le ciel est toujours clair et on voit bien les étoiles, malgré une lune presque pleine, très éclairée et éclairante.

 

 Ambiance suréelle (Absent sur la photo, le hurlement des loups!)

Ambiance suréelle (Absent sur la photo, le hurlement des loups!)

Au loin, dans la brume, sous la lumière blafarde de la lune, on entend hurler des loups. Longues litanies vocales qui se répondent de montagne en montagne. Nous n'avons pu enregistrer cette ambiance surréelle, mais nous écoutons intensément, sans respirer, la magie de ces instants. Aurores boréales ou pas, nous ne serons pas venus pour rien

 

Le temps passe, il fait de plus en plus froid. Vers minuit nous nous réfugions dans la voiture, attendant l'arrivée de notre tant espérée lumière verte. Que nenni. Le temps passe. Les nuages viendront plus tard vers 2:30 et les lumières jamais.

Dans une des précédentes expéditions photo, à Terre-Neuve, nous avions l'ami Olivier qui nous avait apporté de Suisse une bouteille d'absinthe, la fée verte qui vous en fait voir de toutes les couleurs. Olivier revient!

Quoique la tendance côté fée verte soit plutôt cannabisante ici. Cela dit, ni Vincent ni moi ne sommes des adeptes de la verte résine, et à l'instar d'Olivier, notre pote (sic) Justin n'est pas là non plus. Ces substances génèrent paraît-il des belles aurores des toutes les couleurs, mais nous n'en avons jamais vu les photos.

 En attente des aurores…

En attente des aurores…

 

Dépités, mais pas trop déçus car nous savions nos chance de succès faibles, nous plions bagage à 2:30 avec l'arrivée des nuages et du brouillard. De plus nos caméras givrent vite sur l'objectif, et les prises de vue deviennent problématiques. On verra demain. Cela dit, et vu l'heure, demain c'est déjà aujourd'hui, bien qu'aujourd'hui ne soit que le demain d'hier.

 Le courageux Nikon Z7 vainqueur des éléments

Le courageux Nikon Z7 vainqueur des éléments

 

Une bonne rasade de boissons chaudes au retour au bercail, et nous voilà parti dans un bon sommeil réparateur. 

 

De beaux rêves de loups jouant dans la neige, saluant le ciel auroral de longs hurlements d'hommage respectueux. 

 

 

 

 

 

Texte Jean-Luc Monfrais

Photos: Jean-Luc Monfrais & Vincent Ethier

©2016 -  Vincent Éthier et Pierre Giard / Expéditions Photo Nature / EPN-Workshops