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Des aurores à la trail des caribous

Lundi 22 octobre 2018 – J4

Des aurores à la trail des caribous

 Comme on peut facilement l'imaginer, notre retour de la séance fort matinale des aurores boréales est des plus triomphants. Même le bris de ma 14/24mm n'a pas entamé mon enthousiasme.

 Direction le parc territorial Tombstone via la route 5; le Dempster Hwy

Direction le parc territorial Tombstone via la route 5; le Dempster Hwy

Nous arrosons ça d'un déjeuner pantagruélique autant qu'énergétique, très apprécié après toutes ces heures dans le froid vif. Une petite remise au propre et au chaud, puis nous procédons rapidement aux activités matinales habituelles de traitement des photos et de finalisation du blog afin de pouvoir reprendre la route.

 

En effet, en dehors des aurores boréales, base de notre épopée, nous avions aussi entendu dire au Québec que la migration des caribous pouvait passer non loin d'ici.

La harde de caribous appelée Porcupine migre chaque année sur de grandes distances, généralement entre la côte arctique de l'Alaska et du Yukon au printemps, et les montagnes Ogilvie au Yukon en hiver. 

Le lieu de passage possible le plus proche est le Parc Territorial de Tombstone qui se trouve à une centaine de kilomètres d'ici, et la harde serait de plus de 150 000 bêtes!

 

Et nous voilà partis. Musique! On the road again… 

Un peu plus de 110 km donc, dont les quarante premiers kilomètres sur la Klondike Highway qui nous a menés ici. Belle route asphaltée. Les arbres et les buissons en bord de route sont givrés, un peu à notre image, et dans le contrejour du beau soleil matinal c'est sublime. Le Yukon est vraiment un territoire à découvrir tant il regorge de beauté, dans une nature rarement aussi bien préservée dans son côté sauvage. Nous prenons le temps d'apprécier cette ambiance vitalisante et apaisante tout à la fois.

 Les arbres et les buissons en bord de route sont givrés

Les arbres et les buissons en bord de route sont givrés

Pas de possibilité de rêver cependant car de l'abrasif a été épandu sur la route par les services techniques, et les quelques autos et camions croisés projettent systématiquement des petites pierres tous azimuts, et nous sommes un azimut. Le bruit est à chaque fois impressionnant et nous baissons bêtement la tête à chaque impact. 

 

Heureusement notre itinéraire nous fait rapidement quitter cette route principale pour la Dempster Highway, route N°5. La Dempster Highway est une route qui relie la Klondike Highway à Inuvik dans les territoires du Nord-Ouest. Elle est très célèbre, plus en rapport avec la recherche de l'or noir du Grand Nord, que de l'or jaune de la rivière Klondike. Mais la folie qui entoure cette nouvelle ruée plus moderne n'a rien de bien différent dans le fond. L'appât du gain semble plus toxique que l'appât de l'alcool. En tous cas dévastateur pour l'environnement.

 

La particularité de la Dempster Highway est d'être une grand-route non asphaltée.

Cette conception de la route est particulière en raison des conditions physiques difficiles. La route se trouve au sommet d'un remblai d'un à deux mètres de hauteur, en gravier, pour l'isoler du pergélisol. Sans ce remblai, le pergélisol fondrait trop l'été et la route s'enfoncerait dans le sol avec le passage des véhicules.

 Dempster Hwy

Dempster Hwy

 

C'est en roulant sur cette route pendant plus de 70km que nous réalisons que nous n'avons pas besoin d'asphalte. Le revêtement est bien lisse et égal. Pas de trous, pas de flaques, pas de cahots. Un billard. Une seule portion de deux à trois kilomètres avait tendance à faire un peu une impression de tôle ondulée. Nous avons apprécié l'expérience.

Seul vrai problème, quand la route est mouillée, et elle est mouillée au début de notre trajet avant l'apparition de la neige plus en altitude, il y a une fine couche de boue sur le revêtement de la chaussée. Les autos passent dans un délicieux brouillard couleur sable, qui uniformise la couleur des carrosseries, et surtout qui rend la lunette arrière totalement opaque tant la couche est épaisse et collante. Nous rendons un vibrant hommage à l'inventeur béni du lave-glace.

 

Autre sujet d'étonnement: dès après avoir quitté la Klondike Hwy pour la Dempster Hwy, dans une autre vallée, la température a aussitôt changé, passant de moins trois à plus cinq en quelques minutes de route. Changement de paysage aussi, plus végétalisé.

 

Ce n'est que quelques dizaines de kilomètres avant l'arrivée au Tombstone Territorial Park que nous retrouvons la neige, tassée en couche fine sur la route. 

 la Patagonie du Nord; le Parc Territorial Tombstone

la Patagonie du Nord; le Parc Territorial Tombstone

 

Pour les non-canadiens, c'est un parc dit territorial, car le Yukon est un territoire et non une province, encore moins une nation. Quelle différence.?

"Les provinces sont des États fédérés possédant, dans leurs champs de compétences législatives, des pouvoirs souverains, indépendamment du gouvernement fédéral. Quant aux territoires, ce sont des subdivisions administratives d'un espace géographique appartenant au gouvernement fédéral et dont l'administration est attribuée au Parlement canadien." (Wikipedia) 

 

L'entrée progressive dans l'immense Tombstone Territorial Park est majestueuse.

Surnommé « la Patagonie du Nord », le Parc Territorial Tombstone du Yukon protège une contrée sauvage exceptionnelle faite d'un mélange d'impressionnantes montagnes avec pics escarpés, des formations de pergélisol, et surtout une flore et une faune abondantes et diversifiées. Le tourisme nature y est très développé, randonnées, camps d'archéologie, de découverte de la faune et de la flore, etc. La communauté autochtone locale Tr’ondëk Hwëch’in y est très active et impliquée, le parc se situant entièrement sur leur territoire traditionnel.

D'une superficie de 2 200 kilomètres carrés, le parc est situé dans la partie nord des monts Ogilvie et dans les monts Mackenzie. Il compte de nombreux sites archéologiques et anthropologiques de traces d’activité humaine remontant à plus de 8000 ans.

 

Une piste de caribous traverse cet endroit et c'est cela que nous allons voir. 

Nous nous arrêtons au niveau de cette vaste plaine en altitude, recouverte d'une sorte de toundra dont les caribous se nourrissent. Mais nous sommes seuls au milieu de cet espace immense entouré de hautes montagnes enneigées.

Elle est traversée, entre autres itinéraires pédestres, par un sentier de randonnée très prisé des amateurs, le sentier du lac Grizzly.

 le Parc Territorial Tombstone

le Parc Territorial Tombstone

 

Cet endroit est d'une beauté pure. Nous avons tellement de belles photos à faire pour tenter d'emporter avec nous le maximum de ce que nos yeux voient, de ce que nos cœurs ressentent. Nous aurions aimé faire le tour du parc, voir d'autres angles, d'autres heures avec d'autres lumières, d'autres ambiances. Mais il reste peu d'heures avant la tombée de la nuit, et la route est longue et plus dangereuse la nuit.

Nous profitons donc de ce temps privilégié qui nous est donné pour matérialiser au mieux toute cette ambiance dans nos mémoires, humaines et numériques.

Clichés de toutes sortes, panoramiques et HDR (Plusieurs photos à diverses expositions empilées sur une seule, pour avoir une plage d'exposition plus large entre hautes et basses lumières), vidéos, tout y passe.

 

Pour la petite histoire, Vincent avait oublié sa D850 préférée sur la table du salon, équipée de sa précieuse 14/24mm, intacte la sienne. On a frôlé le drame et la honte qui va avec, car heureusement nous avons chacun plusieurs boitiers et objectifs et cela ne gênera pas, d'autant que nous mettons tout en commun. A près de longues séries de clichés tâchant de témoigner de toute cette puissance naturelle qui émane de l'endroit, il se rabat sur le drone. 

Personnellement je continue l'image fixe, tout en tentant d'absorber au passage toute la littérature placardée sur les panneaux destinés à l'éducation des touristes, et par transmission, des lecteurs et lectrices de ce blog. J'y apprends plein de choses intéressantes que je vous ai distillées au fil de ces lignes.

J'aime me concentrer aussi sur l'énergie de la nature, la force qu'elle transmet, l'harmonie qu'elle génère. La culture traditionnelle chamanique, autochtone ou non, travaille beaucoup avec ces forces, comment vivre avec elles, par elles et en elles. On retrouve ainsi un peu la notion de drala des tibétains.

 

Vincent utilise donc son drone au maximum pour faire des photos et des vidéos incroyables. Pas très possible d'aller aussi loin qu'il voulait sur la piste qui s'étire au loin au-delà des montagnes, car nous sommes relativement près du Pôle Nord, pas loin au Cercle Arctique en fait, et le drone a beaucoup de problèmes magnétiques pour son GPS. Il passe par des phases de désorientation spatiale, et nous ne sommes pas neurologues. Il se cantonne à une utilisation normale dans un rayon plus proche. Le résultat sera cependant des plus hypnotisants.

 

La piste est immense, sorte d'étendue de toundra entre deux chaines de montagnes enneigées. Derrière ces montagnes, c'est l'Alaska.

Pas un caribou à l'horizon malgré nos patientes recherches au téléobjectif et au drone. Ce n'est pas un problème, il y a tellement à voir.

 Retour vers Dawson

Retour vers Dawson

 

Après s'en être mis plein les yeux et la tête, voici venue l'heure de plier bagage et de retourner à Dawson. 

La route du retour est aussi belle que la route de l'aller, permettant de découvrir devant ce qui était derrière, et inversement. Ce qui est en haut n'est cependant pas comme ce qui est en bas, au moins dans ce cheminement du jour.

 

Retour à la maison donc pour un bon repas chaud. Je finis le bon bouilli de légumes à la Lucie (Recette sur demande), et Vincent sa merveilleuse salade de légumineuses améliorée (Autre recette sur autre demande).

 

Soirée habituelle de post-production, la couverture nuageuse rendant tout espoir d'aurora spotting totalement hasardeux. Occasion de rattraper quelques heures de sommeil, non pas perdues mais au contraire bien investies.

 

Texte Jean-Luc Monfrais

Photos: Vincent Ethier et Jean-Luc Monfrais

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